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Comment est ce qu'il y a eu massacres entre Mars 1993 – juin 1996 à (au) Shaba / KATANGA ?

La marque bleue indique le paragraphe de référence dans le Rapport Mapping

134. Depuis plus d'un siècle, une importante communauté originaire des provinces des Kasaï s’étaitinstallée au Katanga88 pour construire, à l’appel des autorités coloniales belges, le chemin de fer et travailler dans les mines. À l’exception de la période de sécession (1960-1963) les originaires du Katanga89 et les originaires des Kasaï90 avaient toujours vécu en paix. Toutefois, sous le régime du Président Mobutu, les Katangais se sentaient politiquement marginalisés et reprochaient aux Kasaïens d’occuper trop d’emplois et de postes de direction, notamment dans la principale société minière, la Gécamines91. Après la libéralisation politique du régime, la plupart des déléguéskasaïens et katangais à la Conférence nationale souveraine (CNS) se sont regroupés au sein de la plate-forme de l’Union sacrée de l’opposition pour obtenir le départ du Président Mobutu du pouvoir. En novembre 1991, cependant, le Président Mobutu a obtenu des délégués katangais de l’Union des fédéralistes et républicainsindépendants (UFERI) qu’ils rompent avec la principale composante de l’Union sacrée, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) dirigée par ÉtienneTshisekedi. 

135. Suite à ce changement d’alliance, le président national de l’UFERI, NguzKarl-i- Bond, est devenu Premier ministre, le président provincial du parti, KyunguwaKumwanza, a obtenu le poste de Gouverneur du Shaba et les rapports entre Kasaïens et Katangais se sont alors fortement dégradés. Tandis qu'à Kinshasa, ÉtienneTshisekedi et Nguz Karl-i-Bond s’affrontaient pour le contrôle de la CNS, au Shaba, le Gouverneur KyunguwaKumwanza a commencé à diaboliser l'UDPS et ses partisans. Comme l’UDPS étaittrès populaire chez les Kasaïens du Shaba et qu’ÉtienneTshisekedi lui- mêmeétait originaire du Kasaï oriental, le conflit politique entre l’UFERI et l’UDPS a pris une coloration tribale. Pendant des mois, KyunguwaKumwanza a accusé les Kasaïens de s’opposer au gouvernement de Nguz Karl-i-Bond afin de pouvoir continuer à dominer les Katangais. Il les a rendus responsables de la plupart des problèmes de la province et a appelé les Katangais à les expulser. À son instigation, de nombreux jeunes katangais se sont engagés dans la jeunesse de l’UFERI, la JUFERI92, où ils ont suivi une formation paramilitaire inspirée des rites Mayi-Mayi93

 

88 La province du Katanga a pris le nom de Shaba de 1971 à 1997.

89 Dans la suite du texte, les originaires du Katanga sont désignés sous le terme de «Katangais ».

90 Dans la suite du texte, les originaires des Kasaï sont désignés sous le terme de « Kasaïens ».

91 La Générale des carrières et des mines.

92 La JUFERI était organisée comme une véritable milice. Elle comprenait plusieurs branches parmi
lesquelles la Division spéciale Pononai (DSPO) chargée d’éliminer les ennemis du mouvement, la Division spéciale PUMINA chargée des attaques contre les Kasaïens (torture, bastonnades, incendies des maisons etc.) et le groupe des Ninjas pratiquant les arts martiaux et chargés d’assurer la protection des dirigeants de l’UFERI.

93 Le terme « Mayi-Mayi » désigne en RDC des groupes de combattants armés ayant recours à des rituels magiques spécifiques comme les ablutions d’eau (« Mayi » en Swahili) et le port d’amulettes préparées par des sorciers censés les rendre invulnérables et les protéger des mauvais sorts. Présents essentiellement au Sud-Kivu et au Nord-Kivu, mais aussi dans d’autres provinces, les différents groupes Mayi-Mayi comprenaient des forces armées dirigées par des seigneurs de guerre, des chefs tribaux traditionnels, des chefs de village et des chefs politiques locaux. Les Mayi-Mayi manquaient de cohésion et les différents groupes ont été alliés à divers gouvernements réguliers ou forces armées à différents moments.